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Les côtes norvégiennes sont longues et déchiquetées, les fjords entaillent très profondément les terres. En conséquence, une grande partie de la population vit au bord de la mer. Depuis les temps les plus reculés l'agriculture suffit à peine à nourrir les Norvégiens. Il n'est donc guère étonnant que les hommes, peu satisfaits d'une terre ingrate, se soient tournés vers la mer, qui non seulement leur fournissait une nourriture abondante mais les conduisait aussi vers des pays aux sols plus fertiles que le leur, et aux climats plus cléments.
Par Linn Ryne, Nytt fra Norge
Il est possible que dès l'époque préhistorique la Norvège ait engendré des explorateurs audacieux, mais ce n'est qu'avec l'avènement de l'histoire écrite que l'on connaît les premiers récits de voyageurs. Au Moyen Age, après la chute de l'Empire romain, l'Eglise était en réalité le seul facteur unificateur existant en Europe. En tant que tel, elle ne fit cependant pas grand-chose pour stimuler le goût de l'aventure et des découvertes. L'idée que l'on se faisait du monde était strictement définie par la Bible. L'Eglise voyait d'un mauvais oeil des découvertes susceptibles de contredire des croyances indiscutables ou de remettre en cause des principes séculaires.Or dans la Norvège non-christianisée, les hommes avaient besoin de nouvelles terres. Vu le nombre de montagnes escarpées et la multitude de fjords et de lacs, elle possédait peu de terres arables. Bien que ce peuple de marins fût rompu à la navigation côtière, il ne put se lancer à la recherche d'autres espaces à cultiver qu'avec l'invention de navires de haute mer. C'est ainsi que furent construits les premiers bateaux longs et effilés. Gracieux et rapides, chacun de ces vaisseaux à la proue relevée étaient équipés de rames et d'une voile. En outre, leur coque large à fond plat, à faible tirant d'eau, leur permettait d'approcher des côtes à relief peu escarpé et de remonter fleuves et rivières loin à l'intérieur des terres. C'est ainsi que vers l'an 800 les Vikings s'aventurèrent hors de leurs fjords en quête de nouvelles terres et de butin, et, il faut bien le dire, en quête aussi d'aventures et de gloire. Ils firent partie des rares peuples du Moyen Age à se risquer hors de leur propre territoire.
Les raids vikings
Peu de bateaux prirent part aux premiers raids, mais peu à peu la flotte s'agrandit et finalement ce fut par centaines que les longues embarcations firent voile vers l'ouest, vers l'Angleterre, l'Ecosse, la France et l'Irlande. Pirates et pillards, les Vikings semaient la terreur le long des côtes qu'ils abordaient. Il y eut aussi parmi eux des commerçants et des gouverneurs. Ils fondèrent des villes telles que Dublin ou des colonies comme la Normandie en France, par exemple. De 879 à 920 ils occupèrent l'Islande, qui, à son tour, servit de base pour la colonisation du Groenland.
Ainsi, en 986, le Norvégien Erik Thorvaldsson, Erik le Rouge, explora et colonisa le sud-ouest du Groenland. Son fils, Leiv Eriksson, devait être le premier Européen à fouler le sol américain et fut le premier explorateur norvégien reconnu comme tel dans le monde aujourd'hui.
La date et le lieu de naissance de Leiv Eriksson n'ont jamais pu être établis avec certitude, mais on croit qu'il passa sa jeunesse au Groenland. Dans la Saga d'Erik le Rouge on apprend qu'il embarqua pour la Norvège en 999, et qu'il y servit le roi Olav Trygvasson un an, avant d'être renvoyé au Groenland pour y répandre la foi chrétienne.
A partir de là deux versions divergent. L'une prétend que Leiv Eriksson dériva de sa route en revenant au Groenland, et qu'il découvrit alors le nord-est du continent américain tout à fait par hasard, vers l'an mille, soit pratiquement cinq cents ans avant que Christophe Colomb n'aborde le continent américain. Toutefois, si l'on en croit la Saga des Groenlandais qui semble la plus véridique, ce ne fut nullement par hasard que Leiv Eriksson aurait découvert l'Amérique. Cette saga raconte qu'il entreprit une expédition vers l'ouest pour vérifier les déclarations qu'aurait faites un négociant islandais, Bjarni Herjölfsson. Ce dernier, en 986, dérouté par une violente tempête entre l'Islande et le Groenland, aurait dérivé loin à l'ouest et aperçu des collines couvertes d'une épaisse forêt. Bien qu'il soit probable que Bjarni Herjölfsson ait été le premier Européen à apercevoir les côtes américaines, il ne devait cependant jamais y mettre le pied. Leiv Eriksson, séduit par les récits des navigateurs sur de nouvelles terres à explorer, poussé par le besoin permanent de trouver des terres cultivables, acheta le bateau de Bjarni et prit la mer.
Reprenant l'itinéraire de Bjarni, il accosta à trois reprises : la première fois à "Helluland", la terre des Pierres plates et l'on pense qu'il s'agit de la terre de Baffin.
La deuxième fois à "Markland" ou terre des Forêts- (vraisemblablement le Labrador).Quand à la troisième, ce fut le "Vinland", et son emplacement demeure un sujet de controverse. Il aurait pu être situé soit au nord de Newfoundland, soit au sud de Cape Cod, ou même au-delà.
Eriksson et ses hommes passèrent l'hiver au Vinland, dans un endroit qu'ils nommèrent Leisbu dir. Ils revinrent au Groenland en l'an mille un.
Ce fut le frère de Leiv, Thorwald, qui se chargea de la deuxième expédition vers la nouvelle terre, car, pour étrange que cela puisse paraître, Leiv n'y retourna jamais. Par la suite des colons tentèrent à plusieurs reprises de s'établir au Vinland, mais sans succès, de violents conflits avec les autochtones (sans doute des Indiens ou des Esquimaux les Inuits) les en ayant empêchés.
Bien que beaucoup reconnaissent à Christophe Colomb la découverte du Nouveau Monde, le droit à ce titre a été officiellement accordé à Leiv Eriksson par le Président Lyndon B.Johnson en 1964, avec l'approbation unanime du Congrès, lors de la réunion qui devait décréter le 9 octobre "journée Leiv Eriksson", en mémoire du premier Européen à avoir foulé le sol américain.
Après la découverte de l'Amérique par Leiv Eriksson, des explorateurs d'autres pays prirent la tête de nouvelles expéditions. Bien des siècles allaient passer avant qu'un Norvégien ne contribue à nouveau à faire avancer la connaissance du Monde.
Fridtjof Nansen
A la naissance de Fridtjof Nansen, en 1861, il n'y avait plus guère de continents à découvrir. Le planisphère était presque entièrement dessiné. Nansen aida à en préciser certains contours.
L'étendue de ses domaines d'activité était telle que ses réalisations exploratoires et scientifiques ne représentaient qu'une partie de ses multiples occupations. Homme de science, homme d'Etat et lauréat du Prix Nobel, il se dévoua aux causes humanitaires et sauva la vie de milliers de personnes à la fin de la Première Guerre mondiale. Pourtant, il se considérait d'abord et avant tout comme un explorateur et un scientifique, les deux fonctions dans lesquelles il se sentait le plus heureux.
Parmi les membres de sa famille qui s'était illustrée au service de la patrie, il eut un ancêtre paternel, Hans Nansen, en son temps maire de Copenhague qui avait exploré la mer Blanche. Mû par la même ardeur à se lancer à la découverte de l'inconnu, le jeune Fridtjof, alors âgé de vingt-six ans, décida de monter une expédition pour traverser l'inlandsis groenlandais. Déjà, en 1882, ayant aperçu, lors d'un voyage dans l'océan Arctique, à bord d'un phoquier, la fantastique et sauvage côte orientale du Groenland, il avait décidé de traverser ces immenses terres enneigées, où aucun Européen n'avait alors mis le pied.
A la tête d'une équipe de cinq hommes, il partit en 1888. Le milieu géographique et climatique était extrêmement dur. Les hommes mirent douze jours pour atteindre la côte très escarpée. Il leur fallut douze autres jours de marche vers le nord avant de pouvoir installer leur camp de base. Le 29 septembre ils atteignirent la côte occidentale du Groenland, terminant ainsi leur trajet harassant et extrêmement éprouvant à travers la calotte polaire. En outre, tout au long de cette périlleuse expédition, Nansen et ses hommes s'étaient donné le mal de consigner méticuleusement les conditions météorologiques du voyage et avaient rassemblé d'autres informations scientifiques.
De retour au pays les six hommes reçurent un accueil triomphal. Mais Nansen ne voulait pas se reposer sur ses lauriers. Suite à certaines observations dont il concluait qu'un fort courant marin est-ouest devait aller de la Sibérie au pôle Nord puis vers le sud le long de la côte du Groenland , il décida de vérifier l'exactitude de son hypothèse.
Il dressa alors les plans d'un bateau capable de résister à la pression des glaces afin de pouvoir se diriger vers l'est le long du passage du Nord-Est jusqu'aux îles de Nouvelle-Sibérie, et ce jusqu'à ce qu'il fût immobilisé. L'équipage resterait à bord tandis que le navire se ferait porter vers l'ouest par les courants avec les glaces flottantes, et il se dirigerait ainsi vers le pôle Nord puis descendrait vers le Groenland. Il exposa son idée et ses projets à la Société Norvégienne de Géographie, ainsi qu'à la Royal Geographical Society à Londres. Malgré quelques critiques, la réaction en Norvège fut enthousiaste. Il n'en alla pas de même à Londres, où, dans l'ensemble, il reçut un accueil très négatif. Beaucoup estimaient irréalisable la construction d'un tel bateau.
Nullement ébranlé, l'explorateur poursuivit son objectif. Il réunit des fonds, conçut et fit construire le Fram (En avant). Bien que ne correspondant guère aux critères traditionnels de beauté, ce vaisseau, bas et ramassé, extrêmement convenait à merveille aux fonctions que Nansen lui avait assignées. La forme arrondie de la coque ne donnait aucune prise aux glaces, car lorsqu'elles commenceraient à exercer leur pression, le bateau serait tout simplement élevé au-dessus de la surface. Hypothèse que, heureusement, les faits vinrent confirmer. L'expédition quitta Christiania (l'actuelle Oslo) en juin 1893 avec des vivres pour cinq ans et du carburant pour huit. Le Fram se dirigea vers l'est en longeant les côtes septentrionales de la Sibérie. Environ 160 kilomètres avant les îles de Nouvelle-Sibérie, Nansen changea de cap et se dirigea droit vers le nord. Le 20 septembre, par une latitude de 79°, le Fram était solidement pris dans les glaces. Nansen et ses hommes firent les préparatifs pour la dérive qui les mènerait vers l'ouest en direction du Groenland.
Suivirent alors trois longues années d'isolement. Totalement coupés du monde, ils progressaient très lentement, mais le petit bateau de 400 tonneaux résistait à l'épreuve et fut un refuge sûr et confortable pour Nansen et son équipage.
Les mois longs, frustrants, presque sans progrès décelable, étaient une dure contrainte pour un homme aussi actif que Nansen. Il semblait bien que le Fram ne pourrait s'approcher du Pôle aussi près que l'explorateur l'avait espéré ; aussi prit-il la décision de quitter le bateau et de traverser les immensités glacées en direction du Pôle en n'emmenant avec lui que le plus fort et le plus endurant de ses compagnons, Hjalmar Johansen. Ils avaient l'intention, après avoir atteint le pôle Nord, de se diriger vers le Spitzberg ou la Terre François-Joseph, laissant le bateau sous la direction de son compétent capitaine, Otto Sverdrup.
Leur pari échoua. Les conditions étaient bien pire que prévu, les icebergs et les larges chenaux de mer libre retardaient souvent leur progression. Finalement, par 88°14 de latitude Nord, ils résolurent de faire demi-tour et de se diriger vers la Terre François-Joseph. Fridtjof Nansen et Hjalmar Johansen n'avaient pas atteint le Pôle mais s'en étaient approchés plus que quiconque avant eux. Au bout de cinq autres mois, et plus de cinq cent kilomètres harassants, terribles, "de quoi épuiser des géants", les deux hommes atteignirent la plus septentrionale des îles François-Joseph, qui par la suite fut baptisée île Jackson, du nom de l'explorateur britannique Frederick Jackson que les deux hommes avaient rencontré par le plus extraordinaire des hasards au beau milieu des glaces. Avant cette rencontre, les deux Norvégiens avaient passé tout l'hiver dans un minuscule refuge de pierres recouvert de peaux de morse qu'ils s'étaient construit.
En août 1896, un des bâtiments de l'expédition Jackson déposa Nansen et Johansen au port norvégien de Vardö. Le jour même, à leur insu, le Fram se libérait des derniers blocs de glace près du Spitzberg et, pour la première fois depuis trois ans, reprenait la direction du Sud. L'hypothèse de Nansen se trouvait confirmée : le bateau avait suivi le courant marin dont il avait prédit l'existence. En outre, l'expédition avait permis de rassembler d'importantes informations sur les courants, les vents, les températures, et avait largement prouvé le fait qu'il n'existait aucune terre près du Pôle dans la région eurasienne, mais seulement un océan profond, recouvert de glaces.
Pour la science nouvelle qu'était l'océanographie, l'expédition du Fram était de la plus haute importance. Pour Nansen, elle marquait un tournant : au cours des années qui suivirent, il allait consacrer à l'océanographie l'essentiel de ses recherches.
Les grandes explorations étaient maintenant terminées, mais avant que Nansen ne consacrât tout son temps et toute son énergie aux tâches officielles et au secours d'innombrables réfugiés, il prit part à de nombreuses expéditions en mer de Norvège et dans l'océan Atlantique, collectant des informations scientifiques.
Une de ses grandes ambitions restait insatisfaite : monter une expédition vers le pôle Sud. Elle ne devait pas avoir lieu.
Un autre explorateur, un jeune, lui avait demandé s'il pouvait utiliser le Fram pour mener une expédition au pôle Nord au cours de laquelle il collecterait toutes sortes d'informations scientifiques importantes. Nansen accepta. Bien que toujours très intéressé par les recherches surtout aériennes , il consacra le restant de sa vie à d'autres activités. Il mourut en 1930. Le Fram fut repris par le jeune homme qui l'avait demandé. Ce jeune homme s'appelait Roald Amundsen.
Roald Amundsen
C'est par une coïncidence de l'Histoire que les deux géants norvégiens de l'exploration polaire, Fridtjof Nansen et Roald Amundsen, ont été contemporains. Amundsen naquit en 1872, onze ans après Nansen, près de la petite ville de Sarpsborg au sud-est du pays. Il abandonna ses études à la mort de ses parents afin de se consacrer à la recherche polaire. Marin accompli, il avait travaillé sur un navire de commerce qui opérait dans les eaux arctiques, puis avait été engagé comme second à bord du Belgica le premier navire à avoir hiverné dans l'Antarctique entre 1897 et 1899.
L'expérience qu'il avait acquise lui donna suffisamment confiance en lui pour affronter un défi là où, depuis trois siècles, les marins avaient échoué : le forcement du passage du Nord-Ouest. Cela faisait longtemps que les explorateurs connaissaient l'existence de cette voie maritime, route entre l'Europe et l'Asie passant par le nord du continent américain. Mais jusque-là aucun navire n'avait réussi à ouvrir ce passage. Amundsen acheta un solide bâtiment de 45 tonneaux, le Gjøa, équipé de voiles et d'un moteur de 13 chevaux. Il quitta le fjord d'Oslo dans l'été 1903. Accompagné de six hommes d'équipage, il partit pour entreprendre la traversée du passage du Nord-Ouest encombré de blocs de glace.
L'expédition fut un succès. En août 1906, le Gjøa franchissait les derniers obstacles du passage: il sortit de l'enchevêtrement des glaces, et passa le Détroit de Béring entre l'Alaska et la Sibérie. Pendant le voyage l'équipage avait rassemblé toute une mine d'informations scientifiques. Parmi elles, des observations concernant le magnétisme terrestre et la localisation exacte du pôle magnétique Nord. Il avait aussi accumulé un matériel ethnographique considérable sur les populations eskimaudes vivant le long du passage du Nord-Ouest.
Encouragé par ce premier succès, Amundsen s'intéressa au pôle Nord. Il espérait s'en approcher davantage que ne l'avait fait Nansen, en laissant son bateau se prendre dans les glaces au nord du Détroit de Béring. Mais trouver le financement d'une telle entreprise n'était pas chose aisée, et, en septembre 1909, on apprit que les Américains Robert Peary et Frédérick Cook étaient parvenus au pôle Nord. Amundsen décida alors de remettre cette expédition à plus tard, et essaya entre-temps d'atteindre le pôle Sud avant Robert Falcon Scott qui, à la tête d'une importante expédition, faisait déjà route vers le Pôle.
En août, Amundsen mettait le cap sur le sud avec le Fram que Nansen avait bien voulu mettre à sa disposition. A cette époque, les navires qui voulaient traverser le Détroit de Béring devaient contourner le Cap Horn, aussi nul ne s'étonna que le Fram prît cette direction.
C'est à l'escale de Madère qu'Amundsen informa ses hommes du changement de ses plans. Jusque-là il avait gardé un secret absolu. Il prévint Robert Scott par télégramme que l'équipe norvégienne faisait route vers l'Antarctique. Pour la plupart des personnes étrangères à la Norvège, la course de vitesse spectaculaire avec l'explorateur anglais est liée au nom de Roald Amundsen.
Amundsen ne voulait pas imiter Scott en choisissant la même base de départ, l'île de Ross. Il préféra jeter l'ancre dans la baie des Baleines (ou mer de Ross). Il y installa son camp de base, cette base étant plus proche du pôle Sud. Toutefois il prenait un grand risque :car la région entre la baie des Baleines et le Pôle était inexplorée, alors que Scott suivait une route déjà balisée par son compatriote Shackleton en 1908.
Le 19 octobre 1911, suivi par quatre de ses compagnons, il se lança à l'assaut du Pôle avec quatre traîneaux et cinquante-deux chiens. Il n'avait qu'un but : atteindre le pôle Sud dans un temps record. Deux mois plus tard il avait réussi, et cela, cinq semaines avant que Scott et son équipage, épuisés, n'atteignent le Pôle, y trouvant la tente d'Amundsen et le drapeau norvégien déjà plantés depuis le 14 décembre 1911.
L'équipe norvégienne avait franchi victorieusement la dangereuse Banquise de Ross, et atteint le pied d'une haute montagne entrecoupée de glaciers. Il semblait risqué d'aller plus loin. Mais grâce à leur adresse, et avec beaucoup de chance, les hommes parvinrent au sommet du Glacier Heiberg, traversèrent les montagnes, et arrivèrent au plateau menant au Pôle.
Pour le monde anglophone, il était évident que la victoire d'Amundsen était due à l'effet de surprise, le Norvégien ayant si longtemps tenu son plan secret. Plus tard, il devint évident qu'Amundsen avait préparé son expédition avec beaucoup plus de soin que Scott la sienne. Il avait disposé des stocks bien fournis le long de son chemin pour le retour, alors que Scott n'avait pas prévu de réserves suffisantes en nourriture et en carburant. Enfin et surtout, Amundsen était un explorateur polaire bien plus expérimenté. Il s'était procuré des chiens de traîneaux résistants, alors que Scott ne s'était équipé que de poneys et de traîneaux à moteur qui se révélèrent rapidement inutiles.
Pour un explorateur de la stature d'Amundsen, il ne restait guère de grands défis à relever, mais il y avait encore un objectif qu'il voulait atteindre : survoler l'océan Arctique. En 1925, il entreprit une audacieuse expédition avec deux hydravions, les N24 et N 25. Ils durent faire un atterrissage forcé sur la glace par 88° de latitude Nord, mais l'équipage réussit à redécoller avec un des hydravions, et revint au Spitzberg trois semaines plus tard.
L'Américain Lincoln Ellsworth avait financé l'expédition et accompagné Amundsen à bord de l'hydravion. L'année suivante, Amundsen, Ellsworth et l'Italien Umberto Nobile partaient à bord du dirigeable Norge (Norvège), allant du Spitzberg à l'Alaska en survolant le Pôle. Ils traversèrent ainsi des territoires inconnus jusque-là, effaçant en même temps la dernière tache blanche de la carte du monde.
La recherche arctique fut toute la vie d'Amundsen. Elle devait aussi être sa mort. Lorsque, deux ans plus tard, Umberto Nobile s'envolait pour sa deuxième expédition au-dessus de l'Arctique à bord de l'Italia, frère du dirigeable Norge, il disparut avec son équipe. Amundsen partit à sa recherche, dans un avion français qui mit le cap sur le nord. Avant d'arriver au Spitzberg, l'avion se perdit corps et biens dans la mer de Barents.
En Norvège, la glace et la neige sont des éléments naturels, et ses habitants sont habitués aux hivers longs et parfois difficiles. Nansen et Amundsen se rendirent dans des contrées qui, bien qu'infiniment plus rudes que celles où ils vivaient, leur étaient néanmoins assez familières. Mais "l'explorateur" norvégien contemporain le plus connu, Thor Heyerdahl, a visité des latitudes bien différentes. On ne peut pas vraiment dire de lui qu'il est un explorateur : il ne s'est pas aventuré en territoire inconnu, mais aux origines même de l'histoire de nos ancêtres. Ses recherches l'ont amené à découvrir notre paysage historique, et non notre paysage géographique.
Des régions polaires aux mers du Sud
Heyerdahl naquit en 1914 dans la petite ville de Narvik, sur la côte sud de la Norvège. Les ouvrages de référence font de lui un zoologue et un anthropologue. Mais c'est l'anthropologue qui a suscité l'intérêt du monde entier.
Après des études exhaustives du matériel ethnographique et archéologique en provenance de Polynésie, du continent américain et de l'Asie du Sud-Est, Heyerdahl élabora une hypothèse selon laquelle les premiers habitants de la Polynésie venaient non du Sud-Est asiatique, comme on le prétendait précédemment, mais du continent américain.
Tout comme Nansen en son temps, il vit son hypothèse accueillie avec la plus grande froideur, et résolut d'en prouver la véracité. Il construisit pour son expédition un radeau de balsa, qui était une exacte reproduction des radeaux des Indiens d'Amérique du Sud dans les temps préhistoriques. Partant de Callao (Pérou) en 1947 avec un équipage de six hommes, il fit voile vers les îles polynésiennes de Tuamotu à bord du désormais célèbre Kon Tiki.
Ce voyage de trois mois ne fut pas seulement une entreprise risquée, mais aussi un exploit scientifique. Heyerdahl écrivit par la suite un ouvrage, "Indiens d'Amérique dans le Pacifique", où il réunit tout un matériel pour étayer sa thèse. Il y affirmait que les premiers habitants de la Polynésie débarquèrent du Pérou environ au Ve siècle de notre ère, puis qu'une nouvelle vague de colons arriva plus tard (vers 1000-1300) en provenance de la côte nord-ouest d'Amérique du Nord.
Afin de consolider ses assertions, il organisa une expédition norvégienne aux îles Galápagos en 1953. Il y trouva des preuves concrètes de ce qu'il avançait : des vestiges amérindiens, datant des périodes inca et pré-inca c'était la première fois que l'on trouvait de tels objets.
En 1955-56 (trois ans plus tard) il se rendit à l'île de Pâques avec une équipe de 25 hommes afin d'y effectuer de vastes fouilles archéologiques. Ces fouilles révélèrent l'existence de trois époques bien différentes, la deuxième étant celle au cours de laquelle furent érigées les célèbres statues de pierre. Il mit aussi au jour des statues encore plus anciennes, ressemblant beaucoup à quelques statues trouvées en Bolivie. Précisons toutefois que le point de vue de Heyerdahl sur l'histoire de la colonisation en Polynésie et sur les échanges culturels dont cette région fut autrefois le théâtre, est contesté, parfois avec vigueur, dans les milieux anthropologiques.
Heyerdahl se consacra à nouveau à l'océan lorsqu'il entreprit en 1969 la première expédition à bord du Ra dont les objectifs étaient à peu près analogues à ceux du Kon Tiki. Sur une embarcation en jonc qu'il avait baptisé Ra, du nom du dieu égyptien du soleil, l'équipage quitta Safi, au Maroc, pour traverser l'Atlantique et prouver ainsi que les navires en papyrus des anciens Egyptiens avaient été tout à fait capables de traverser l'océan. Heyerdahl maintenait son affirmation : il était tout à fait possible que les anciennes civilisations africaines et égyptiennes aient apporté leur contribution aux civilisations des Indiens d'Amérique centrale.
Toutefois, après 5.000 kilomètres, le Ra, mal construit, commença à se disloquer et il fallut abandonner. Mais l'expédition Ra II, entreprise l'année suivante, fut un succès total. Après deux mois en mer et un parcours de 6.100 kilomètres, elle atteignit la Barbade, prouvant ainsi que, théoriquement, à l'époque préhistorique, des bateaux tels que le Ra pouvaient traverser l'Atlantique en utilisant le courant des Canaries.
En 1977 Heyerdahl entreprenait une autre expédition sur une embarcation en roseaux, le Tigris. Cette fois aussi (comme Nansen), pour vérifier ce qu'il pensait être les routes maritimes de l'Antiquité. L'objectif de cette expédition était de connaître les routes commerciales maritimes et les échanges culturels dès l'an 3000 avant J.C. entre Sumer, en Mésopotamie, et d'autres civilisations, au Moyen Orient, en Afrique du Nord-Est, et dans l'actuel Pakistan.
Par la suite, il se consacra à d'autres recherches, notamment à l'étude de la préhistoire des îles Maldives de l'océan Indien. Il avait également d'autres fouilles archéologiques en cours, dont celle de Ténérife, dans les Canaries. Il y découvrit une pyramide dont l'architecture relève des mouvements solaires et qui vraisemblablement date du temps des Guanches, peuple originaire des Canaries. Heyerdahl procède actuellement à de vastes fouilles à Tucume (Pérou) où vingt-cinq pyramides ont été exhumées.
Les riches trésors et autres vestiges découverts sur les lieux révèlent que les peuples vivant dans cette région, avant les Incas, étaient d'habiles marins, entretenant des contacts permanents avec tous les peuples de la côte sud-américaine.Dans la ligne de ses études des lignes de communications culturelles immémoriales de Tenerife avec l'ancien comme avec le nouveau monde, Heyerdal est maintenant à l'âge de 80 ans occupé à établir un musée sur l'île.
Il ne reste pratiquement plus de contrées à explorer, au sens strict du terme. Toutefois, bien des Norvégiens d'aujourd'hui, peut-être stimulés par l'exemple de leurs illustres compatriotes, sont encore à la recherche de défis à relever. L'ère du tourisme de masse n'est pas encore parvenue à leur faire passer ce goût de l'aventure et de la recherche au loin. Longtemps, les récits d'explorateurs et d'aventuriers norvégiens sont restés un monde exclusivement masculin vatant l'héroïsme de ce sexe. Il est donc surprenant mais heureux de pouvoir de nos jours relever les exploits d'une femme qui a attiré à juste titre l'attention de l'opinion.
Monica Kristensen, une météorologue et glaciologue née en 1950, est devenu célèbre en prenant la tête en 1986/87 d'une expédition partie sur les traces de Roald Amundsen vers le pôle Sud. Si la tempête et le mauvais temps l'ont obligée à rebrousser chemin à 86 degrés sud sans avoir atteint son but, son exploit n'en est en rien diminué.
Le monde scientifique international s'est dès lors intéressé à ses recherches dans l'Arctique et l'Antarctique. En 1989 elle fut la première femme au monde à se voir attribuer la prestigieuse Médaille d'or (Founder's Medal) par la Royal Geographical Society à Londres. En décembre 1991, elle s'est vu confier la tâche de coordonner un projet de recherche de trois ans en Antarctique.
Rédigé par Nytt fra Norge pour le Ministère des Affaires étrangères. L'auteur est seul responsable du contenu de cet article. Reproduction autorisée. Imprimé en octobre 1995.
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