L'Arctique est la zone de mers et de terres située
autour du pôle Nord. Plusieurs définitions se proposent de
fixer les limites méridionales de l'Arctique. Le cercle Polaire est
souvent invoqué. Il serait peut-être plus aisé
d'utiliser la ligne limite de croissance des arbres, qui coïncide
approximativement avec celle d'une température moyenne au mois de
juillet supérieure à 10 °C. Les régions ainsi définies
naturellement peuvent raisonnablement être nommées arctiques.
Ce domaine s'étend jusqu'au 52° de latitude N pour le Labrador
et les îles Aléoutiennes, et coupe tangentiellement l'extrémité
de la Norvège continentale vers le 71° de latitude N.
Par Tore O. Vorren
Sur une surface totale de 26 millions de km2, seuls 8
millions de km2 sont des terres. Au centre de ce vaste ensemble de mers,
le bassin du pôle est une zone marine atteignant une profondeur de 5
000 m et caractérisée dans sa partie orientale par trois
dorsales sous-marines baptisées Alfa, Lomonosov et Nansen. L'océan
Arctique est bordé de fonds marins peu profonds : la mer de Barents
au nord de la Norvège et de la presqu'île de Kola, la mer de
Kara à l'est de la Nouvelle-Zemble, la mer des Laptev, la mer de
Sibérie orientale, la mer des Tchouktches au nord du détroit
de Bering, la mer de Beaufort au nord de l'Alaska et du Canada occidental,
ainsi que les mers de Lincoln et de Wandel au nord du Groenland.
La région norvégienne de l'Arctique comprend
l'archipel du Svalbard, composé de plusieurs îles de taille
inégale et dont la superficie totale est de 64 000 km2. Elle couvre
aussi la
partie occidentale de la mer de Barents, une mer peu
profonde comprise entre le bord de la dorsale à l'ouest, la ligne
(controversée) de partage des eaux avec la Russie à l'est,
le Svalbard au nord et la côte de la Norvège continentale au
sud. L'île isolée de Jan Mayen dans la mer de Norvège/du
Groenland et les eaux qui l'entourent sont elles aussi placées sous
souveraineté norvégienne.
Compte tenu de sa latitude, la mer de Barents est une mer
relativement chaude. Une partie du courant (chaud) de Norvège pénètre
par le sud, une autre partie continue droit vers le nord, passant au large
du Spitzberg avant de se perdre dans l'océan Arctique. Un courant
d'eau polaire glacée descend vers le sud-ouest dans la partie
septentrionale de la mer de Barents. À son point de rencontre avec
les eaux chaudes venues du sud s'établit le front polaire. Le
courant chaud venu de Norvège garde la partie méridionale de
la mer de Barents libre de glace même l'hiver. À la fin de l'été,
presque toute la mer est libre de glace.
L'exploration des pôles par les Norvégiens
Découvertes norroises
À travers les âges, de nombreux mythes et
superstitions ont été à l'honneur dans les régions
boréales de notre planète. Les premiers pas vers plus de réalisme
ont été le fait de Norvégiens qui, par leurs
descriptions, ont fait connaître ce qu'il en était en réalité.
Le norvégien Ottar qui rendit visite à la fin du IXe siècle
au roi d'Angleterre Alfred le Grand, nous a laissé un témoignage
d'importance. Originaire de Malangen dans le Troms, Ottar raconta ses expéditions
en mer Blanche au roi Alfred qui les fit transcrire pour la postérité.
C'est ainsi que le Cap Nord et la mer Blanche apparurent dans la littérature
européenne.
Pendant qu'Ottar part explorer le Nord-Est, d'autres
Vikings se rendent en Islande, l'« île de la mer de l'Ouest ».
Des moines irlandais ont sans doute été les premiers à
s'y implanter. Après quelques visites isolées de Norvégiens,
la première colonie permanente est implantée par Ingolv
Arnesson de Fjaler, qui débarque en 874. La colonisation - qui dure
de cette date à 930 - est en grande partie le fait de chefs norvégiens
qui partent pour l'Islande pour ne pas avoir à se soumettre à
la loi de Harald aux Beaux-Cheveux.
Le Viking Erik le Rouge, qui s'était installé
en Islande, découvre le Groenland et est le premier explorateur
européen de cette grande île de l'Arctique. Les Norvégiens
et les Islandais colonisent le Groenland et contribuent à
l'exploration de l'île comme à celles des régions
arctiques de l'Amérique du Nord. La plus connue de ces expéditions
est celle du fils d'Erik, Leiv Eriksson, qui explore vers l'an 1000 la côte
de l'île de Baffin et celle du Labrador, au sud du Vinland des
sagas. Les fouilles entreprises par Helge et Anne Stine Ingstad semblent
prouver définitivement que le Vinland des sagas était situé
sur le littoral de Terre-Neuve.
La moins commentée des découvertes norroises
en Arctique est celle du Svalbard. En l'an 1194, les « Annales
islandaises » rapportent lapidairement : « Le Svalbard est découvert.
» Aucune autre grande découverte géographique n'a été
à l'origine d'un commentaire aussi succinct. Svalbard signifie la «
frange froide » ou « le pays au littoral froid ». De l'avis
de la plupart des experts, cette côte était sans doute celle
du Spitzberg.
Le Moyen Âge connaît une baisse graduelle des
expéditions et de la domination norroise sur l'Arctique. Les
nombreuses connaissances sur ces régions furent en partie oubliées,
mais les Norvégiens avaient néanmoins montré au reste
du monde la voie à suivre dans les mers boréales.
Les capitaines de l'océan Arctique
La première véritable expédition de
recherche norvégienne en Arctique est le fait du jeune géologue
B. M. Keilhau. Il visite le nord de la Norvège, l'île aux
Ours et l'archipel du Spitzberg en 1827. Keilhau trouve à
s'embarquer sur un sloop de Hammerfest. L'expédition de Keilhau
dure six semaines et il fait ¦uvre de pionnier dans des domaines
comme la géologie, la paléontologie et la botanique. Il
faudra attendre environ un demi-siècle avant qu'une expédition
suivante, à but purement scientifique, soit entreprise dans ces
parages. Entre temps, ce sont les capitaines de l'océan Arctique -
en majorité originaires de Hammerfest et de Tromsø - qui se
chargeront de faire valoir la présence norvégienne en
Arctique par la chasse et par de nouvelles découvertes.
À la fin du XVIIIe siècle, les chasseurs du
nord de la Norvège s'aventurent dans l'Arctique pour y pratiquer la
pêche et la chasse. La grande époque de l'exploration des
mers arctiques par d'intrépides capitaines s'ouvre en 1859. Cette
année, Elling Carlsen observe la terre du Roi Charles. Quatre ans
plus tard, Carlsen est l'auteur de nouvelles découvertes ; il fait
en bateau le tour de l'archipel du Svalbard. L'afflux de nouveaux bateaux
de chasse décime les populations de morses, une proie particulièrement
prisée à cette époque. Leur peau servait en effet à
la fabrication de courroies de transmission pour les équipements
industriels. Elling Carlsen imagine alors de partir à la recherche
de nouveaux terrains de chasse. En 1868, il fait voile vers l'est et découvre
de riches terrains de chasse en Nouvelle-Zemble. Au courant des trois années
suivantes, les connaissances sur les eaux bordant la Nouvelle-Zemble et la
mer de Kara font de rapides progrès grâce aux découvertes
des bateaux de chasse. Les capitaines des mers arctiques mesurent la température
et la profondeur de l'eau, ils décrivent l'état des glaces
et notent la position et la configuration du littoral. Sur les îles,
plus tard baptisées Îles du Gulf Stream, ils découvrent
des flotteurs de filets de pêche norvégiens, de grandes
graines antillaises, de la pierre ponce islandaise et des épaves de
navires. Ces débris sont la preuve formelle de l'influence du Gulf
Stream jusqu'à la partie orientale de la mer de Barents. En 1871,
Elling Carlsen fait une découverte sensationnelle : il retrouve sur
la pointe nord de la Nouvelle-Zemble les vestiges de l'hivernage effectué
en 1596 par Wilhelm Barents.
Peu à peu, des expéditions non norvégiennes
emboîtent le pas des chasseurs et tirent parti de leur savoir.
Exceptée la découverte de l'île Solitude par E.
Johannessen en 1878, en Sibérie occidentale, la contribution des
chasseurs se réduit à servir de pilote, de capitaine ou d'équipage
aux expéditions norvégiennes et étrangères.
Elling Carlsen est ainsi le pilote de l'expédition austro-hongroise
Payer-Weyprecht qui découvre et explore la terre François-Joseph
en 1872-74. L'ouverture de la mer de Kara par les chasseurs permet aussi
les expéditions de Nordenskiøld vers le Ienisei et la
circumnavigation - plus tardive - de l'Asie.
Nansen, Amundsen et Sverdrup
La personnalité de Fridtjof Nansen (1861-1930) et la
traversée à ski de la calotte glaciaire couvrant le
Groenland qu'il effectue en 1888 marquent un tournant dans la recherche
polaire norvégienne. L'expédition galvanise les efforts de
recherche norvégiens dans les régions arctiques. Nansen en
prend lui-même la tête et est à peine revenu du
Groenland qu'il projette déjà une nouvelle expédition
arctique, cette fois-ci vers le pôle Nord.
Sur la foi de débris dérivants échoués
sur les plages du Groenland oriental, Henrik Moen lance la théorie
de l'existence d'un courant de glaces flottantes traversant l'océan
Arctique, des régions situées au nord de la Sibérie
orientale et jusqu'au détroit entre le Spitzberg et le Groenland.
Nansen imagine de tirer parti de ce courant glacé en laissant un
navire spécialement conçu dans ce but, le Fram, se
faire prendre par les glaces et dériver avec le courant. En 1893,
Nansen et son équipage lèvent l'ancre pour une des expéditions
de recherche les plus audacieuses et les plus passionnantes que le monde
ait jamais connue. À bord du Fram, ils se laissent prendre
par les glaces près des îles de Nouvelle Sibérie.
Trois ans plus tard, la glace relâchant son emprise, le Fram
peut gagner la Norvège par le détroit situé entre le
Groenland et la Norvège, baptisé depuis Détroit du
Fram. Par cette expédition, Nansen parvient à prouver que
l'océan Arctique est une mer profonde, ce qui surprend la plupart
de ses contemporains. Il tente aussi d'atteindre le pôle Nord.
Accompagné de Hjalmar Johansen, il quitte le navire et part à
ski - accompagné d'un traîneau attelé de chiens - pour
le Nord. Ils atteignent la latitude de 86° 14' N avant de devoir
rebrousser chemin vers le sud et d'hiverner sur la terre François
Joseph. Après 17 mois de séparation, ils retrouvent l'équipage
du Fram à Tromsø le 21 août 1896.
Roald Amundsen (1872-1928) n'a que 17 ans lorsqu'il entend
parler de l'expédition à ski de Nansen à travers le
Groenland, ce qui détermine sa vocation polaire. Embarqué
sur le Gjøa entre 1903 et 1906, il est le premier à
réussir à contourner complètement le passage du
Nord-Ouest. Après être sorti vainqueur de la course au pôle
Sud en 1911, Amundsen retourne dans l'Arctique. Il est peut-être
aussi le premier à avoir survolé le pôle Nord
lorsqu'en 1926, accompagné d'Ellsworth et de Nobile, il traverse
l'océan Arctique du Svalbard à l'Alaska à bord du
dirigeable Norge. La question a été publiquement posée
de savoir si Cook, Peary ou Byrd ont réellement atteint le pôle
Nord avant eux. Dans les années 1918-1920, Amundsen réussit à
passer par le passage du Nord-Est à bord du Maud. Amundsen
disparaît en 1928 au cours d'une expédition partie à
la recherche du dirigeable de l'Italien Nobile qui s'est abîmé
dans les glaces.
Otto Sverdrup (1854-1930) est le moins connu des trois
grands explorateurs polaires norvégiens du tournant de ce siècle.
Sverdrup accompagne Nansen à travers le Groenland. Il est
commandant en second de l'expédition du Fram à
travers l'océan Arctique, et assure le commandement du navire
lorsque Nansen et Johansen le quittent pour tenter d'atteindre le pôle
à pied. De 1898 à 1902, il commande la deuxième expédition
du Fram jusqu'à l'archipel situé au nord du Canada.
L'expédition y découvre l'île Axel Heiberg, les îles
Ringnes et de nombreuses autres îles et îlots. Cette région
est déclarée appartenir au territoire canadien en 1926.
La recherche norvégienne en Arctique
Cette dernière décennie l'activité
scientifique de la Norvège dans l'Arctique s'est considérablement
développée. Les quatre universités norvégiennes
de Tromsø, Trondheim, Oslo et Bergen ont été chargées
de diverses missions de recherche dans l'Arctique, et de gestion de ses
ressources, en collaboration avec l'Institut norvégien de la
recherche polaire, l'Institut de recherche marine et plusieurs autres
institutions.
Le Centre de l'environnement polaire construit à
Tromsø a été inauguré en décembre 1998
par le roi Harald V. Ce centre abrite les institutions suivantes : le siège
de l'Institut norvégien de la recherche polaire, Akvaplan-Niva A/S
(recherche aquatique), une section de la Fondation pour la recherche en
sciences naturelles et en ethnologie (NINA-NIKU), une section de
l'Institut national de recherche sur la qualité de l'air (NILU),
une section du Centre national de recherche géologique (NGU), le
Conseil du patrimoine culturel samé, une section de l'Institut
national de cartographie et une section de l'Institut national de lutte
contre la pollution (SFT). Le centre est chargé de l'étude
de l'eau, de l'air, des sols et des organismes vivants dans les régions
boréales. Le Centre de l'environnement polaire associe ainsi la
plupart des spécialités universitaires s'intéressant à
l'environnement arctique. Elles ont pour ambition déclarée
de devenir le premier centre de compétence d'Europe sur
l'environnement des zones polaires de la région de la mer de
Barents.
Le Svalbard offre d'exceptionnels avantages en tant que
plate-forme de recherche et d'enseignement sur les questions polaires.
L'archipel est facile d'accès et dispose d'une bonne
infrastructure. En 1993, Longyearbyen s'est enrichie d'un Centre d'études
universitaires du Svalbard (UNIS). L'UNIS est installé dans un bâtiment
moderne et accueille une centaine d'étudiants dans des matières
comme la biologie, la géologie, la séismologie et la
technologie arctiques. L'enseignement sera de plus en plus dispensé
en anglais pour permettre le recrutement d'étudiants non Norvégiens.
L'UNIS est une fondation placée sous la direction des quatre
universités norvégiennes. L'Institut norvégien de la
recherche polaire a ouvert en 1994 une antenne locale au Svalbard ;
l'EISCAT y est opérationnel depuis 1966. L'université de
Tromsø dispose, en outre, de stations de recherche sur la biologie
et les aurores boréales dans la région. La recherche bénéficie
donc d'infrastructures lourdes implantées à Longyearbyen.
Les activités de recherche se sont également
multipliées à Ny-Ålesund, autre ville du Spitzberg.
Outre la Norvège, l'Allemagne, la Grande-Bretagne, la France,
l'Italie, les Pays-Bas et le Japon ont installé des stations
permanentes à Ny Ålesund ou à proximité immédiate.
Ces dernières années, les infrastructures ont bénéficié
d'investissements importants, ce qui a notamment permis l'inauguration
d'un nouveau quai en 1992, et la modernisation de l'aéroport en
1996.
Les activités de recherche norvégiennes en
Arctique se concentrent principalement sur les territoires norvégiens
et la mer de Barents. La mer de Barents est le cadre de multiples activités,
principalement en raison de la prospection pétrolière dont
elle fait l'objet, de la gestion de ses ressources halieutiques, et de
problèmes écologiques. Du fait de l'accumulation de
connaissances physiques sur l'Arctique, les chercheurs se sont détournés
des explorations et des recherches géographiques pour s'attaquer à
des expériences et à des études plus sophistiquées.
L'océan Arctique lui-même est un domaine où les
connaissances restent très parcellaires, su le plan général
comme dans le détail.
Ligne de partage, limites de zones
Le « traité du Svalbard » conclu en 1920
et signé par 40 nations attribue à la Norvège la
souveraineté sur l'archipel du Svalbard. Les particuliers et les
entreprises provenant des pays signataires jouissent de certains droits
que précise le traité. Le plus important est le droit
d'exercer certaines activités économiques aux mêmes
conditions que les sociétés norvégiennes. Le traité
du Svalbard concerne les îles comprises entre les longitudes de 10°
E et 35°E et les latitudes de 74°N et 81°N.
Les plateaux continentaux de ces zones maritimes
constituent un ensemble d'un seul tenant qui s'étend vers le nord
du continent jusqu'au Svalbard et se poursuit au-delà de
l'archipel. La législation norvégienne sur le plateau
continental s'applique donc à toute cette région à
l'exception du territoire du Svalbard et de ses eaux intérieures régis
par le traité. Certains pays ont manifesté leur désaccord
ou ont réservé leur position quant à la validité
du traité hors des limites territoriales.
Depuis 1974, la Norvège et l'Union Soviétique/la
Russie ont discuté du principe d'une ligne de partage des eaux en
mer de Barents sans parvenir à trouver une solution. La Russie
soutient le principe du partage dit par secteur, alors que la Norvège
revendique l'application du principe dit de la ligne médiane. La
portion marine comprise entre ces deux lignes couvre 155 000 km2, soit
environ la moitié de la superficie totale du territoire continental
norvégien.
La zone grise dans la partie sud de la mer de Barents est
une région pour laquelle la Norvège et la Russie ont conclu
un traité quant à l'application de la réglementation
relative à la pêche pratiquée par des pays tiers. Elle
s'étend sur 41 500 km2 de zone controversée, 23 000 km2 de
zone norvégienne reconnue et 3 000 km2 de zone russe reconnue, soit
un total de 67 500 km2. Une zone de pêche protégée de
200 milles marins a été établie autour du Svalbard le
3 juin 1977. La zone de Jan Mayen est une zone de pêche proclamée
en 1979 et établie le 28 mai 1980. La zone continentale est une
zone économique de 200 milles marins établie autour de la façade
maritime de la Norvège continentale le 1er janvier 1977.
Ressources
Minéraux - charbon
Jusqu'ici, le charbon du Svalbard a été la
première matière première minérale exploitée
dans l'Arctique norvégien. Dès 1827, les sources écrites
révèlent que les capitaines des mers arctiques emportent
dans leurs soutes du charbon du Svalbard à destination de
Hammerfest. Une exploitation régulière ne commence pourtant
qu'au début du XXe siècle. La société Store
Norske Spitsbergen Kullkompani extrait chaque année environ 300
000 tonnes de houille des mines de Longyearbyen et de Svea. Les Russes en
extraient environ 475 000 tonnes par an des mines de Pyramiden et de
Barentsburg. Ces dernières années les communautés de
mineurs russes ont connu un certain déclin.
Hydrocarbures
Depuis 1980, 53 forages de prospection ont été
réalisés sur le plateau continental de la mer de Barents et
des régions avoisinantes, à la recherche de gisements de pétrole
et de gaz. Les premières années, les activités se
sont limitées au secteur de Tromsø. Le domaine ouvert aux
activités commerciales s'est peu à peu élargi. Toute
la partie norvégienne de la mer de Barents, située au sud de
74° 30' de latitude N et à l'ouest de 32° E de longitude,
est aujourd'hui ouverte aux explorations séismiques et autres.
Jusqu'ici, les résultats ont été relativement
maigres. Pour le pétrole, le total des ressources prouvées
se monte à 25 millions de Sm3, et à 265 millions de Sm3 de
gaz en équivalent pétrole. L'éloignement des marchés
et les prix actuels ne permettent pas une utilisation commerciale du gaz
autre que marginale. La connaissance de la géologie de la mer de
Barents laisse espérer un potentiel de 1 500 millions de Sm3 d'équivalent
pétrole. Des estimations récentes de la Direction générale
du pétrole norvégien indiquent que les réserves non
repérées du secteur norvégien de la mer de Barents se
situent dans une fourchette de 800 à 1 500 Sm3 en équivalent
pétrole - sans doute principalement sous forme de gaz.
Pêche et chasse
À travers les âges, l'homme a largement
exploité les ressources de la faune arctique des régions
norvégiennes. Aux XVIIe et XVIIIe siècles ainsi qu'au début
du XIXe, des navires hollandais, anglais, allemands, français, et
dano-norvégiens viennent y pratiquer une chasse intense à la
baleine. Aux baleiniers succèdent les trappeurs qui chassent avant
tout l'ours blanc et le renard arctique. Les trappeurs russes commencent à
hiverner sur le Svalbard au début du XVIIIe. Vers 1850 leur activité
décline alors que s'affirme la présence norvégienne
sur terre comme sur mer.
La chasse norvégienne aux mammifères marins,
comme le phoque et la baleine, est restée importante jusqu'à
peu. Cette situation appartient aujourd'hui comme chacun sait au passé.
La Commission baleinière internationale (CBI) a décidé
un arrêt provisoire de toute chasse commerciale à la baleine.
La Norvège a suspendu la chasse au petit rorqual à la fin de
la saison 1987. Une nouvelle évaluation des populations a déterminé
sa reprise en 1993. Les phoquiers norvégiens opèrent
aujourd'hui sur les terrains de chasse de la banquise occidentale, autour
de Jan Mayen, et sur la banquise orientale au large de l'embouchure de la
mer Blanche. Les espèces chassées sont le phoque du
Groenland et le phoque à capuchon.
De nombreuses nations pratiquent aujourd'hui une pêche
intensive en mer de Barents. Durant le dernier quart de siècle, ce
sont plus de 2 millions de tonnes de poisson qui ont été
capturés chaque année dans cette zone marine et dans les
parties boréales de la mer de Norvège. C'est là que
grandissent le cabillaud arctico-norvégien, l'églefin, le
hareng et le capelan, ainsi qu'une population aborigène de
cabillaud polaire. Les prélèvements intensifs pratiqués
sur ces espèces et un contingentement toujours plus sévère
des prises ont eu une incidence directe sur les volumes pêchés.
Les réglementations ont contribué à maintenir la santé
relative des populations.
Ces dernières années, les plus gros volumes
ont porté sur le cabillaud et le capelan. Depuis la Deuxième
Guerre mondiale et jusqu'à la fin des années 1980, la
population de cabillaud artico-norvégienne a connu un déclin
continu, passant de plus de 6 millions de tonnes à environ 1
million. La pêche au cabillaud est contingentée par des
quotas internationalement réglementés qui sont administrés
par la Norvège. Les restrictions sévères apportées
à la pêche ont permis à la population de recommencer à
croître et, ces dernières années, elle s'est maintenue
à environ 2 millions de tonnes. Comparé à la taille
moyenne de la population dans la période 1957-1976 (2,5 à 3
millions de tonnes), le niveau reste encore relativement bas.
Entre 1973 et 1984, la taille de la population adulte de
capelan a varié de 2,4 à 7,3 millions de tonnes en mer de
Barents. La pêche au capelan a été forte jusqu'à
1986. La population s'est alors effondrée et l'arrêt a été
brutal. Trois ans auparavant, plus de 2 millions de tonnes avaient été
pêchés par les Russes et les Norvégiens. La taille de
la population a commencé à remonter depuis 1988 pour dépasser
les 3 millions de tonnes en 1990. Très sensible aux variations
naturelles, elle a depuis fortement fluctué et connaît
actuellement un nouvel étiage.
Environnement
L'environnement de l'Arctique est vulnérable et
subit des influences directes et indirectes. Les écosystèmes
terrestres sont eux aussi vulnérables et, de plus, peu productifs.
Il leur faut très longtemps pour se remettre des dommages subis. La
période de croissance végétale est courte et la température
basse. Le permafrost ne laisse que quelques centimètres de terre de
surface disponibles pour les plantes à systèmes
radiculaires. Un petit dommage dans la couverture végétale
peut vite devenir une plaie béante si les conditions sont défavorables.
Malgré sa faible productivité, la végétation
du Svalbard parvient à nourrir une population de 10 000 rennes. Les
perdrix des neiges et les oies survivent aussi grâce à cette
végétation clairsemée. L'activité terrestre
est relativement facile à surveiller ; une bonne planification et
une gestion rigoureuse devraient permettre de minimaliser les dommages.
Le problème est bien plus ardu pour l'environnement
atmosphérique et marin de l'Arctique. Les eaux de l'Atlantique et
les masses d'air pénètrent dans la région de l'océan
Arctique et peuvent être porteuses d'une pollution venue de
latitudes plus clémentes. L'environnement marin de l'Arctique est
un écosystème composé de masses d'eau, de glace,
d'organismes, de liaisons chimiques en solution et de sédiments,
tant dans l'océan Arctique que dans les mers environnantes situées,
au-dessus du plateau continental. Au travers d'interactions encore mal
comprises, cet écosystème exerce une influence sur le climat
de la planète. Ce système est également fortement
influencé par des modifications climatiques provoquées par
des processus qui se développent en dehors de l'Arctique. Les modèles
de simulation du climat global font croire à un environnement
arctique très sensible à un réchauffement généralisé
sous l'influence d'un faisceau de phénomènes tels que la
fonte de la banquise et des modifications dans l'équilibre des
masses d'eau et d'air. Ce renforcement local de changements planétaires
indique que l'Arctique est une région extrêmement sensible et
vulnérable aux changements écologiques globaux.
L'environnement marin peut aussi subir l'influence directe
de l'activité humaine sur terre comme sur mer. La mer de Barents
est sillonnée de navires de toute sorte et fait de plus l'objet de
prospection de pétrole et de gaz naturel. Si le Passage du Nord-Est
devait être ouvert au trafic maritime, il faudrait s'attendre à
une croissance conséquente de la pollution par les navires. Au
niveau mondial, les activités terrestres sont à l'origine de
50 % de la pollution marine. La mer de Barents est peut-être déjà
victime de ce type de nuisances apportées par les grands fleuves
comme l'Ienissei, l'Ob et la Lena. Les rejets nocifs - déchets nucléaires,
gaz de combat et équipement militaire - provenant des bases
militaires russes sont sans doute déjà importants.
Dans une perspective globale, les plus grands problèmes
écologiques se caractérisent par l'absence de relation
simple de cause à effet, par exemple entre le rejet de CO2 et son
influence sur le climat. Derrière les grands problèmes écologiques
se cachent des mécanismes complexes contre lesquels il est
difficile de se protéger et qu'il n'est guère possible de
combattre seul. De nombreux facteurs sont en jeu et la condition préalable
à toute solution et à tout effort de prévention est
une connaissance approfondie des interactions du milieu naturel. Pour
certaines parties de l'Arctique, ce savoir est encore bien modeste. À
ce propos, nous pouvons toujours faire nôtres les mots de Nansen,
pourtant bientôt centenaires : « Le jour se lève
lentement ; mais nous n'en sommes encore qu'à l'aube et l'obscurité
règne encore sur les immenses étendues qui entourent le pôle.
»
Coopération internationale dans l'Arctique
Ces dernières années ont vu l'amorce d'une
vaste coopération internationale dans l'Arctique, principalement axée
sur les problèmes écologiques. Un organisme pour la
collaboration internationale dans l'Arctique a été fondé
en 1988 sous le nom d'International Arctic Science Committee
(IASC) dont le secrétariat se trouve à Oslo. L'IASC est un
organe de coopération pour les institutions de recherche de huit
pays arctiques et nordiques (Canada, Russie, Norvège,
Danemark/Groenland, Suède, Finlande et Islande). Des organismes de
recherche allemands, français, britanniques, japonais, polonais et
néerlandais participent à cette collaboration.
Une collaboration environnementale entre les huit pays de
l'Arctique (processus de Rovaniemi) a aussi vu le jour ces dernières
années. Une rencontre interministérielle a eu lieu en 1991 à
Rovaniemi pour aborder les problèmes écologiques de
l'Arctique. Il y fut entre autre décidé de mettre en place
un système de surveillance de l'environnement arctique dont le secrétariat
serait basé en Norvège. Il y fut aussi décidé
de mettre en place une coopération internationale entre pays
participants pour l'étude de la
flore et de la faune arctiques. La réunion a en
outre défini un certain nombre de défis écologiques
propres à l'Arctique. Le processus de Rovaniemi - auquel
participent largement les populations aborigènes - est le premier
exemple d'une vaste collaboration intergouvernementale entre les huit pays
arctiques.
En 1996, un Conseil de l'Arctique a été créé
au niveau gouvernemental. Il se compose des huit pays nordiques et
arctiques.
L'auteur de cet article, M. Tore O. Vorren titulaire du
titre de Dr Philos., est professeur de géologie à
l'Université de Tromsø. Ces 20 dernières années,
ses recherches se sont concentrées sur la géologie marine en
mer de Barents et dans les régions avoisinantes.
Rédigé par Nytt fra Norge pour le Ministère
des Affaires étrangères. L'auteur est seul responsable du
contenu de cet article. Reproduction autorisée. Imprimé en février
1999.
Rédigé par Nytt fra Norge pour le Ministère des Affaires étrangères. L'auteur est seul responsable du contenu de cet article. Reproduction autorisée. Imprimé en février 1999.
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